Fongauffier-sur-Nauze

Fongauffier-sur-Nauze

50 ans après on ne vous oublie pas.

 

 

 

 

 

Cet article que, bien entendu, tous peuvent lire est plutôt destiné au cercle des Renardeaux.

 

Aujourd’hui, 9 décembre 2015, cela fait tout juste 50 ans que Grand’mère Mathilde nous échappa.

 

Grand'mère de Renardie..jpg

 

Grand-mère, sa vie durant, tenait à sa coiffe paysanne.

 

 

Louis Fabre.jpg

 

Louis Fabre, Sagelat, 2-10-1902, Monplaisant 3-1-1965.

 

Le hasard calendaire a fait que la famille laïque et républicaine de grand’mère fut endeuillée, quasiment un an après le décès du 3 janvier de mon père,  60 ans après l’heureuse date, hautement symbolique,  de la Séparation des Églises et de l’état.

Grand’mère naquit le 17 mars 1879 dans la maison de famille aux Champs de La Renardie. Fille unique, orpheline à 12 ans, du coté paternel, elle épousa grand ‘père Omer Andrieux à la fin du siècle qui défit l’Empire et restaura la République.

Grand’mère n’était pas du tout de condition aisée. Ses parents, les Duchampt, néanmoins, avaient une petite propriété et plaçaient tous leurs espoirs sur grand’mère.  Ma bisaïeule devait recourir pour les gros travaux aux concours de journaliers qui, à l’époque, étaient fort nombreux ; les présidents de la République  de l’époque se gardaient bien d’annoncer, à grands cris, qu’ils allaient inverser la courbe du chômage. Grand‘père qui, lui, était issu du lignage de la toute petite aisance de Bernard Andrieux, cultivateur-propriétaire de St Germain, né le 13 vendémiaire de l’an XIV, 5 octobre 1805, n’avait comme fortune que sa force de travail. Les multiples rameaux des descendants Andrieux avaient fait que ces derniers allaient de ferme en ferme pour proposer leurs services. À  l’époque, sans mesurer l’atrocité du verbe, on disait ‘’se louer’’.

Grand ‘père fut  l’un de ces humbles ouvriers agricoles, quasi-analphabète, qui est passé à la Renardie pour les travaux de la ferme. Il n’en repartit… qu’en 1951, après son décès. Grand’père était natif de Raunel ; le hameau sioracois voisin.

Ce mariage n’était pas tout à fait du goût de certains voisins qui auraient bien aimé voir cette fille unique venir renforcer leur patrimoine.

Si Grand’mère était fille unique, sa situation évolua du tout au tout avec son mariage. Mes grands-parents ont eu dix enfants. Trois n’ont eu qu’une très courte vie. Grand'père n’échappa pas à la guerre de 14 d’où il revint diminué et, sa vie durant, fut largement fragilisé par l’affaiblissement de ses poumons.

De ce grand ‘père je n’ai, hélas, que le souvenir évanescent d’un vieillard épuisé et alité.

Grand’mère, qui lui survécut 14 ans, elle, a légué tout un tas de souvenirs. Elle a été le catalyseur de la famille. Elle a cependant accumulé les malheurs. Après avoir perdu trois de ses enfants, en bas âge, ce fut le tour de son aînée qui en 1929 fut arrachée à la vie, à 29 ans, laissant ses deux enfants dans une affliction sans nom. L’accès de deux de ses enfants à l’École normale n’a donc pas été la joie qui aurait pu être la sienne si ce deuil affligeant ne l’avait, pour plusieurs décennies, consternée. Je n’ai jamais vu grand’mère, toujours de noir vêtue, en situation franchement joyeuse. Elle a  traîné bien trop de douleurs dans sa vie.

La guerre est, hélas, revenue et deux de ses enfants sont partis captifs outre-Rhin. La famille se partagea là entre les captifs et les résistants. La Libération arriva et, enfin, une courte pause permit à grand’mère de retrouver un semblant de sérénité en gardant ses moutons dans les parcelles éparses de sa petite propriété tout en tricotant ou, aussi, en s’adonnant à la lecture car elle était passionnée d’histoire et de romans.

Grand’mère qui n’eut pas, dans sa plus tendre enfance, le loisir de fréquenter l’école communale laïque et républicaine, elle n’arriva à Monplaisant, pour les filles, que plus tard, a dû apprendre à lire chez les religieuses du Couvent de Siorac. Chaque fois que nous passions, avec mon cousin Jack, devant ce pâté de maisons, toujours identifié Le Couvent, elle nous parlait de ces années de découverte de la lecture, du calcul et de l’écriture. En gardait-elle un bon souvenir, je ne saurais le dire ! Je l’ai cependant entendu préciser qu’il y avait sur ces bancs une différence sociale marquée à l’égard des élèves et elle n’était pas de la petite bourgeoisie locale. L’école laïque, par la suite, n’a hélas pas su, elle non plus, casser cette différenciation  qui faisait que les enfants de l’élite jouissaient de certains privilèges qui, bien entendu, n’échoyaient pas aux plus humbles.  

Le départ de grand-père, juste après la mort, plus que prématurée, d’un de ses petits-enfants, la désempara mais, quelques années plus tard, ce sont d’autres soucis et inquiétudes qui l’ont tourmentée avec deux de ses petits-enfants partis, à leur corps défendant, sur l’autre rive de la Méditerranée.

Enfin la paix, et grand’mère fière de tous les siens avait bien du mal à retenir sa satisfaction de voir  de belles réussites chez ses petits enfants dont la plus belle ascension fut l’agrégation de notre regrettée Jacqueline, notre Linette, qui, il y a sept ans, fonda le cercle informel des Renardeaux, et compte tenu qu’elle était la plus jeune de ses petites-filles, aspirait à devenir plus tard la gardienne du virtuel temple familial. Une adversaire impitoyable ne le permit point.

 Que reste-t-il, un demi-siècle après son décès, de notre grand’mère que ses voisins appelaient affectueusement Duchamptoune, la petite Duchampt…

 

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L’extraordinaire lien, dans des difficultés que nous n’imaginions pas, de cette aïeule qui tenait à recevoir tous les siens ne s’est pas rompu. Les Renardeaux ne se voient plus autour d’une immense table familiale, comme dans les années 50,  mais, fort heureusement, ils savent tous d’où ils viennent. Je me plais de croire que mes cousins, qui ont été de brillants universitaires, ne me démentiront pas. Pour terminer usons de l’occitan que grand’mère parlait naturellement pour dire ‘’Per saubre ont vas te cal saubre d’ont venes’’ :  ‘’Pour savoir où tu vas il te faut savoir d’où tu viens’’.

    

 



09/12/2015
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