Fongauffier-sur-Nauze

Fongauffier-sur-Nauze

À mon ami Jean Lapouge.

 

La nouvelle vient seulement de me parvenir ce matin, à 11h50. Mon ami, notre ami,  Jean Lapouge vient de nous quitter. Il s'est éteint, à Lalinde, la nuit du 22 au 23 janvier.

 

Jean vit le jour le 16 mars 1944 à Périgueux. Son cursus scolaire et universitaire a été éblouissant, de l'école primaire de Sagelat, où il apprit à lire, écrire et compter, à l'Institut national des Sciences appliquées de Lyon [Villeurbanne] où il se préparait à devenir un pédagogue d'exception.

Jean a su garder des relations amicales avec tous, qu'il s'agisse de ses condisciples de Sagelat, du collège-lycée de Belvès, des étudiants qui ont partagé son parcours à l'I.N.S.A. ou, plus récemment, des adeptes de sa passion, la musique. La musique, pour laquelle il se donnait à fond, a été pour lui une rupture dévastatrice de sa santé, il y a 7 ans, lors d'une  intense tension pour la préparation d'un récital à Cadouin.

 

 

Jean Lapouge. FestBach09_1-08-09.jpg

 

Jean lors d'un festival Bach. 

 

Jean a été un fin pédagogue, certainement, mais il a été, aussi, un écologue affirmé qui vibrait pour tout ce qui concernait la nature en général et les plus petits détails de notre environnement. Il m'a dit, quelques mois avant son accident,"Je te montrerai, au printemps, des sources cachées [dans les collines proches des Pouges] que tu ne connais pas". Hélas, il n'a pas pu concrétiser son désir pour ce partage. Il adorait la Nauze de son enfance et regrettait que le modeste Valech n'ait plus sa vigueur d'antan. "Quand mon père était maire [de Carvès], il s'est entendu avec Georges Fongauffier [le maire de Grives de l'époque] pour un nettoyage du lit du ruisseau et le Valech a coulé tout l'été. Je m'y suis même baigné."  Il se plaisait à me rappeler les tendres années de son enfance passées autour de la coopérative agricole. Ce petit-fils de visiteur de la gare de La Chapelle, gare parisienne aux confins de St Denis, m'évoquait la fascination qu'il avait des flux ferroviaires et des superbes 141 R.  Avec notre regretté ami commun, Daniel Maury, il avait sacrifié, sur le rail, une pièce de 5 anciens francs pour constater ce qu'il pourrait rester après son écrasement par une locomotive.

Quand nous étions adolescents, nous étions émerveillés de voir notre ami manipuler les tubes à essai, concocter des mélanges chimiques et se lancer, à corps perdu, dans de petites mais fascinantes expériences.

Jean aimait Fongauffier; village qui a scellé bien des repères de son enfance et de son adolescence. Il l'appelait, par contraction, Fongo. Ce musicien enthousiaste, à plusieurs reprises, après la fête de l'eau, me confiait combien il aurait aimé jouer "La truite" de Schubert pour exprimer sa mélomanie, certainement, mais aussi, pour marquer sa sympathie à ce décor aquatique fongauffiérain qu'il aimait.

Bach, pour lui, était la référence musicale qu'il "sacralisait" et celles et ceux qui aiment Bach savent combien il était fervent de ce génie.

 

 

J Lapouge et Pierre Petit.jpg

 

C'était le 15 mars 2014. Avec un jour d'avance, nous étions allés à la maison de retraite " La Rivière Espérance", à Lalinde,  souhaiter une bonne admission de Jean au club des septuagénaires. Il était très ému... et nous, avec lui, partagions son trouble.

 

 

 

Nous avons tous trop peu rendu visite à Jean depuis son retrait en maison médicalisée. Personnellement, chaque fois que j'allais le voir, son sourire plein d'une reconnaissance affectueuse, m'a troublé. Mesurant son trouble et son impuissance de pouvoir converser avec ses trop rares visiteurs, son sourire et son sempiternel "j'ai l'habitude" serraient le cœur.

Jean n'a jamais eu son intelligence défaillante et les émissions télévisées, qui étaient les accompagnatrices de ses dernières années, étaient toujours soigneusement choisies sur des chaînes spécialisées dans la connaissance scientifique et l'environnement.

 

  

Jean a toujours été un citoyen lucide, franchement humaniste, qui ne comprenait pas le gâchis volontaire et irresponsable qui dévaste la société et je partageais sa philosophie dans bien des domaines.

 

Jean Lapouge et René Lafon.jpg

René Lafon, un ami de toujours de Jean, a été celui qui, dans ses heures douloureuses, lui a rendu visite le plus souvent. Malheureusement, René, a priori, pris par des contraintes familiales, ne devra pas pouvoir être des nôtres, mercredi. C'est pourtant celui qui, manifestement, aurait du être au premier rang. René, bien entendu, tu sais que nous partageons ta peine.  

 

C'est à Carvès, mercredi 27 janvier, à 11 heures, que ses camarades, condisciples et amis d'enfance auront à cœur d'adresser un ultime salut à Jean, le Jeannot de notre enfance.

 

Après son passage au crématorium, ses cendres, selon sa volonté, rejoindront la sépulture sagelacoise de ses aïeux. De ce petit cimetière, Jean dominera le val de ses jeunes années et le décor de l'école qui a été le premier maillon formateur du fin pédagogue qu'il est devenu.

 

Pour celles et ceux qui sentent  qu'un arc de notre cercle vient d'être emporté, partageons le deuil de Stella, son épouse, Claire sa fille, Samuel, son petit-fils, Pierre son frère, Françoise, sa sœur, et tous ses proches.



25/01/2016
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