Fongauffier-sur-Nauze

Fongauffier-sur-Nauze

Promenons nous vers le Maroux ou Les Marroux.

Cliquez sur les images.

 

Les Marroux.jpg

 

Ce superbe hameau des Marroux qui se partage entre Grives et Carvès, je l'adore pour son esthétique, pour son charme, pour ses vieilles pierres, pour son authenticité, pour les qualités intrinsèques de ses résidents et pour la sonorité de son nom. Avouez que son image est superbe.

 

Parfois, nous sommes surpris par l'orthographie des lieu-dits et c'est souvent le cas lorsque les microtoponymes s'appuient sur le suffixe fon venant, en principe,  de la fontaine, issus du latin aqua fontana (" eau de source"), dérivés de fons  "source, fontaine", eau vive qui sort de terre.

Les sources et les fontaines ont toujours fasciné les populations ; surtout, celles qui connaissent le prix de l'eau et qui n'ont pas toujours connu le privilège de pouvoir en jouir en actionnant un robinet.

 

Le culte des eaux est sans doute parmi les plus anciens, et comme le pense Camille Jullian " Le culte des sources saintes, en Gaule, remonte à l'époque Ligure, toutes ces sources ayant été alors aux yeux de nos ancêtres, esprits ou génies, dieux ou déesses..." ; de même, Emile Thévenot dans son étude "Les eaux thermales et les sources guérisseuses en Gaule" nous dit que "... pour eux, l'eau vient du ciel... et afin d'obtenir les précipitations bénéfiques, les primitifs invoquaient le grand dieu du ciel et de l'atmosphère" ; plus loin, il ajoute "La source est le lieu sacré par excellence, parce qu'elle est un commencement, une naissance immaculée, une création divine ; aussi bien, est-elle placée sous le patronage d'un dieu ou d'une déesse".

L'eau purifie et guérit, les fontaines sont souvent dites miraculeuses. Elles attirent les pèlerins et les malades depuis des temps immémoriaux, comme le montrent les ex-voto gaulois et gallo-romains, ci-dessous des sources de la Seine ou de Royat, où l'on venait chercher la guérison de ses maux. Les villes thermales d'aujourd'hui portent les noms des divinités païennes comme Bourbonne-les-Bains, Bourbon-Lancy, Bourbon-l'Archambault, du nom du dieu Borvo ou Bormo ; Néris-les-Bains du dieu Nerius, Vichy du dieu Vorocius, etc.

http://www.les-oratoires.asso.fr/fontaines-de-d%C3%A9votion

 

 

 

On ne saurait compter le nombre de sources dites miraculeuses. Ces lieux que nos ancêtres vénéraient, ont donc donné, dans notre culture, des lieux de pèlerinages bien avant Lourdes et plus accessoirement et modestement Capelou. Les fontaines miraculeuses porteuses de vertus, parfois  elles n'étaient simplement dûes qu'à la pureté des ondes préservées de pollution, par opposition à d'autres eaux plus ou moins souillées ou stagnantes qui généraient des maladies comme le contait Eugène Le Roy dans "L'ennemi de la mort".

 

Revenons à nos microtoponymes curieusement orthographiés. On trouve, à Carvès, Fon de Papon et Fon du Loup. Il n'y a pas de fontaine dans ce vallon proche de Pétrou attribué à Papon. Il n'y en a pas davantage au Fon du Loup près de Maroux. Le majoral Jean-Claude Dugros, occitaniste qui fait référence, pense que ces formes viennent plutôt du "fons" occitan qui, en français, s'écrirait fond. Qui n'a pas entendu, ou récité, ce beau vers de Vigny  "J'aime le son du cor le soir au fond du bois"! On peut aussi imaginer le fonds dans le sens patrimonial.

 

Notre ami Claude Hélion a trouvé une passionnée du patrimoine qui veut donner un repère visuel à la Fontaine des Marroux.

 

Une première remarque. On ne saurait affirmer quelle est l'orthographie orthodoxe de Maroux. Premièrement, s'agit-il d'un microtoponyme à manipuler au singulier ou au pluriel et, secondement, doit-on doubler la consonne du r pour ce Maroux ou ces Marroux. Les avis divergent.

Si l'on part de la probabilité afférente au bélier qui, en occitan, est un "màrron", prononcer "marrou" on devrait lui donner deux r. Dans le cas présent, le "màrron" n'est pas forcément un mâle non châtré de l'espèce Ovis aries réservé pour la reproduction. Il peut, aussi bien, être le sobriquet fleuri et cinglant attribué à un habitant  d'antan de ce lieu-dit. Le dit "Marroux" entendant affirmer sa virilité, pas toujours dans l'élégance, voire en usant de méthodes indignes de la bienséance pour arriver à ses fins.

 

 

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Andrée Wéry,  jeune retraitée liégeoise, est psychologue de profession. Son cursus de sculpteur l'a amenée à l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège. Elle s'est aussi beaucoup activée dans le domaine de l'éducation d'enfants et d'adolescents en difficulté.

Andrée qui a eu un coup de cœur pour les Marroux,  où elle passe plusieurs mois par an, avec une amie, dans la demeure de sa sœur et de son beau-frère, a voulu apporter une merveilleuse note de sa créativité en décorant la Fontaine des Marroux. Elle a illustré cette fontaine de scènes bucoliques. Notons que cette fontaine a fait l'objet de l'attention particulière de René Sougnoux qui, après avoir provisoirement sécurisé son ouverture, se démène pour qu'elle ait une couverture digne de ce lieu fonctionnel qui a été le point de rencontre des résidents des Marroux… qu'ils soient grivois ou Carvésiens.

 

Toutes ces démarches créatives de sauvegarde de notre petit patrimoine affectif ont été effectuées avec un désintéressement total, tant pour le travail que pour le matériel.  

 

 

Claude a émis l'hypothèse que les "Maroux" pourraient être, dans le cas ce hameau carvéso-grivois, une des mares naturelles s'inscrivant dans l'environnement des lieux grâce au sol argileux retenant, au moins par intermittence, les eaux en surface. C'est hautement improbable. Nos microtoponymes, pour la majorité d'entre eux, ont une onomastique bâtie sur l'occitan et, pour désigner une mare, dans notre idiome local, on emploie la terminologie "lo (prononcer le) lac". On est loin d'un lac de montagne et nos mares ne comptaient que quelques centiares et n'atteignaient pratiquement jamais la dimension d'un are. On parlait du lac de Pétrou, du Bos, de la Renardie ou du lac de Pasquet, de Bouysou, de Vergnolle, de Bernard... Cette expression était un usage transverse de l'occitan et du français qui était monnaie courante dans le verbe de nos anciens qui s'adaptaient au français et qui, par exemple, désignaient les biefs des moulins du nom d'étang et ignoraient l'intitulé exact occitan de "besal".

On notera que la majorité des mares de notre contrée est artificielle. On avait soin de les placer, autant que faire se pouvait, en bordure de parcelles afin d'éviter une perdition de terrain et en recherchant la récupération de l'eau par gravité. Nos anciens savaient respecter la nature, courbaient l'échine devant sa force et ses fantaisies, mais ils s'en faisaient une amie et exploitaient ses générosités.

 

Comment orthographier en occitan "La fontaine des Marroux".

Commençons par écarter une altération par une francisation inappropriée et recherchons une pureté occitane. On retiendra donc "La font dels màrrons" et nous prononcerons "Lo foun del marrou". Admettez que cela ne serait pas si mal de renouer avec l'idiome de nos ancêtres. 

 

Un grand merci à Andrée et à René et aussi à Marie-Thérèse, Jean-Claude et Claude pour cette invitation à mieux connaître Les Marroux.*

 

 

Cadastre Fontaine des Marroux..jpg

La fontaine est seulement mentionnée sur le contour de la parcelle n° 1019 de Carvès. Est-elle purement carvésoise ou mitoyenne ?  Là, c'est une affaire de géomètre. C'est surtout la Fontaine du Marou ou des Marroux, avec un ou deux r, un s ou un x  pour lui donner une forme plurielle... Ne recherchons pas un purisme parfait pour l'orthographie francisée puisque le "marrou" est une terminologie locale occitane! A priori, cette fontaine appartient, au premier chef, au petit patrimoine sensible de cet agreste lieu-dit.

 

 



19/08/2016
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