Fongauffier-sur-Nauze

Fongauffier-sur-Nauze

Christian Marty nous emmène dans "Le Bois des Huguenots".

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Christian Marty [photo Pierre Fabre]  naquit à Belvès en 1941. Ce fils de personnages de la Résistance, Georges Marty et Sylvie Baudet, après un  éblouissant parcours pédagogique, se consacre à son jardin de Parentis, dans le Pays de Born, où il cherche à redonner à l'environnement de son potager des senteurs d'antan qu'il garde précieusement dans ses souvenirs du pays "nauzéen". Il s'est découvert une aptitude aux travaux de plume. Il nous livre, dans son oeuvre, de romanesques moments intenses qui du creuset de la Nauze, dominé par le bois de La Renardie, filent vers la Forêt Barade où l'histoire authentique de Montluc et Duras conduisait de vie à trépas des milliers de malheureux pour imposer leurs nuances du concept chrétien.

 

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Christian Marty tu es un enfant du pays dont les racines diverses apparaissent bien différentes.

Pourrais-tu nous éclairer sur la richesse de ta généalogie.

 

Lorsque je faisais ma thèse de géo-histoire sur les campagnes du Périgord, je profitai de mon passage aux archives de Périgueux pour découvrir l'origine de mon patronyme, en consultant les registres d'état civil depuis 1789. J'ai découvert que les Marty étaient des paysans originaires du hameau de Pessat, commune de Saint-Germain de Belvès, tandis que les Calès (nom de ma grand-mère paternelle) étaient Belvèsois. J'ai hérité de la maison 10 rue du Fort à Belvès, achetée et transformée par mon grand-père Émile, que je n'ai pas connu, car il est mort au printemps 1940. Son entreprise de menuiserie qui employa jusqu'à 12 ouvriers, dont des compagnons du tour de France, fut reprise par mon oncle Jean et mon père Georges. De leur côté, mes ancêtres maternels, les Baudet, venaient du hameau de la Planète, commune de Bouillac. Là, mon arrière-arrière grand-père était propriétaire de 36 hectares, divisés en cinq métairies et une réserve près de la maison d'habitation (dont le porche d'entrée a été démoli), sur les communes de Bouillac et de Saint-Avit rivière. Il descendait des Baudet de la Mothe, seigneurs de Lalinde qui se signalèrent par leur activisme pendant les guerres de religion, côté catholique. Mon grand-père maternel épousa en premières noces Emma Cassius de Brutus, fille du comte de la Luzerne, qui mourut en couche. Leur fils, Aloïs, fut tué sur la somme en 1918 et son nom est gravé dans la pierre du monument aux morts de Fongauffier. Mon grand-père épousa en secondes noces Pauline Lorblanché, originaire de Saint-Laurent-la-vallée, qui lui donna trois enfants, Héloïse, Paul et ma mère Sylvie. Ainsi, mes racines sont périgourdines, même si mon arrière grand-mère paternelle était originaire de Saint-Cyrgues-de-Malbert, dans le Cantal. Sa famille avait suivi au XIXème siècle, une très ancienne route de migration le long de la vallée de la Dordogne, qui, depuis la fin de la guerre de Cent ans, vit passer des centaines de migrants en route vers la porte océane : Bordeaux. Certains s'arrêtèrent en Périgord et s'y fixèrent. D'autres continuèrent leur migration, jusqu'en Espagne du siècle d'or.

 

Belvès et, pour une petite mesure, la modeste école de Sagelat ont guidé tes premiers pas. Qu'est ce dans cette ruralité d'après guerre qui t'as le plus marqué.


J'ai fait mon CM2 à Fongauffier. J'y ai été bien accueilli par mes camarades de classe (surtout les filles) et j'en ai gardé un bon souvenir. Certes, l'instituteur était sévère, (une sévérité sélective au profit de son fils et de son neveu). Heureusement, je n'ai pas eu à en souffrir. Tant mieux si je compare avec ce qu'ont vécu des camarades de classe, là, ou à Belvès. En CE2 et en CM1 j'ai vu des bûches voler dans la classe, lancées par l'instituteur en colère. J'ai vu aussi un caillot de sang jaillir du nez d'un élève tabassé si violemment que sa tête heurta le tableau. C'est certainement l'époque qui voulait ça, car des parents d'élèves fournissaient les baguettes de coudrier qui devaient servir à corriger leurs fils... Mes souvenirs du primaire sont de ce fait mitigés. Très positif cependant, est celui des séances de dessin où l'instituteur me choisissait pour reproduire des feuilles de houx, la veille des vacances de Noël, ou tout autre dessin dont il avait besoin pour la fin de l'année scolaire. Ou encore, pour des raisons que j'ignore, dès la maternelle, le rôle que l'institutrice me réserva lors de la fête de fin d'année, sur l'estrade du Rex de Belvès.

 
Tu as enseigné Outre-mer. Le regard sur ces terres lointaines est certainement contrasté pour nos concitoyens ; soit fiers de la présence française loin de l'Hexagone ou, pour d'autres, de sensibilité progressiste, défavorables et courroucés parce qu'il s'agit d'un système colonial. Peux-tu relativiser ces deux schémas.


J'ai été muté, avec mon épouse, outre-mer, en 1995, à Mayotte d'abord, petite île de l'archipel des Comores. En Guadeloupe ensuite.  
À Mayotte, j'ai enseigné pendant deux ans au collège de Bandrélé, village que les Mahorais situaient dans la brousse. , j'ai eu l'impression de recommencer ma carrière, à un âge où mes collègues métropolitains envisageaient sérieusement de prendre leur retraite anticipée. En effet, les élèves de troisième avaient 18 et 19 ans. La plupart, avaient été scolarisés tardivement et ne maîtrisaient pas bien le français. Ce fut un dépaysement total, haut en couleur. Les jeunes filles, dont certaines étaient mariées et avaient des enfants, portaient le "lamb" dont elles se couvraient la tête. Dans la majorité des cas, les élèves se déchaussaient et entraient pieds nus en classe. En période du ramadan (hélas pour eux pendant les mois les plus chauds), ils demandaient la permission de sortir cracher, car ils ne devaient pas avaler leur salive (je me prêtais au jeu gentiment). Ce qui ne les empêchait pas d'être facétieux. Dans une classe de troisième, lors d'un cours sur la société française, un élève âgé de 21 ans me fit remarquer que S.D.F avait à Mayotte une signification différente de celle des manuels de géographie. "Oui, laquelle?" demandai-je. "Salaud de français", me répondit-il en souriant. Ce à quoi je lui rétorquai immédiatement, en souriant moi aussi, "C'est normal puisque tu en fais partie". Cela déclencha l'hilarité dans la classe et fusèrent quelques moqueries à son encontre. Pendant ces deux années au collège, je montai un Projet d'Action éducative, "connaissance du lagon". Toute l'équipe pédagogique y travailla les lundis après-midi pendant deux trimestres et les élèves découvrirent leur lagon sous un angle qu'ils n'imaginaient pas (surtout les filles), avec masque et tuba. N'ayant pas pris de repas à midi (ce qui était fréquent chez eux), mon épouse et celle du principal du collège, leur préparèrent des repas froids pendant la durée du projet. En fin d'année, la télévision locale vint filmer notre sortie en mer, et le reportage passa sur les écrans le soir même.
Ensuite, je fus muté à ma demande, à l'Institut de Formation des Maîtres d'école. Ce fut une autre expérience car j'avais un public de futurs instituteurs et des enseignants déjà en activité, certains aux cheveux blancs. Là, en plus de l'enseignement de la pédagogie de l'histoire et de la géographie, je leur procurai celui du secourisme et des premiers gestes de survie, (comme je l'avais fait en métropole), avec l'aide du commandant du corps de sapeurs pompiers de l'île, originaire de la Réunion, qui intervint directement pour les exercices pratiques.
Mon expérience mahoraise se termina avec la participation à un collectif qui réalisa un manuel scolaire à destination des écoles primaires, édité par la maison Hachette.
L'expérience guadeloupéenne fut plus courte. Elle mit fin simplement à ma carrière d'enseignant d'histoire et géographie, commencée en 1971 au lycée de Parentis-en-Born, avec un passage à l'université de Bordeaux III où j'enseignai l'archéologie subaquatique, que je pratiquai dans le lac de Sanguinet-Cazaux, sur un site gallo-romain, un autre du deuxième âge du fer et un troisième du premier âge du fer.

 

 

Qu'est ce qui t'a poussé à devenir romancier.


Le hasard. Tout simplement. Lorsque je faisais mes recherches pour ma thèse aux archives de Périgueux, je pris connaissance de la fameuse bataille de Vergt en Périgord blanc, le 9 octobre 1562. Bataille à laquelle participa un contingent espagnol fourni par Philippe II. Alors, je décidai de visiter la région avec l'espoir de découvrir le fameux bois des huguenots. C'est ainsi qu'est née l'idée de bâtir un roman, dont le personnage principal est espagnol, aragonais plus précisément. Pourquoi l'avoir choisi aragonais? Peut-être parce que j'ai découvert cette province en 1964 et que je m'y suis fait de solides amitiés.


 

Tu présentes "Le Bois des Huguenots" comme un "roman historique". Définis nous les licences que le romancier historique peut s'autoriser et l'écart qui le sépare de l'historien.

 


Toute recherche historique cherche à faire vivre une réalité qui n'est plus sous nos yeux, avec des méthodes d'investigation de plus en plus fines et scientifiques. J'ai retrouvé des manuels d'histoire de mes parents, avec des cartes. La France de François 1er est en blanc. L'empire de Charles Quint est en noir et semble prendre en étau le royaume de France. Or on sait que Charles Quint traversa depuis l'Espagne, le royaume de France pour se rendre dans ses états des Pays Bas, fut invité à des fêtes somptueuses à cette occasion, ce dont il se serait passé car cela le retardait. C'était pourtant le pays de son principal ennemi qu'il fit prisonnier à Pavie. Par conséquent, la réalité historique dans ce manuel n'est pas respectée. Peut-être parce que la guerre de 14-18 avait laissé des traces et que l'Allemagne était plus que jamais l'ennemi. Alors, le roman historique doit s'appuyer sur des faits réels, certes. Mais l'auteur peut aller au-delà, lorsqu'il introduit dans son récit de la fiction, des personnages qui auraient pu vivre à l'époque, sans pour autant déformer ou trahir une réalité que nous n'avons plus sous les yeux.

 

Il existe bien des personnages historiques qui mériteraient d'être repris dans l'œuvre d'un romancier, Grellety ou Buffarot ou beaucoup plus loin en arrière Waiffer.  Serais-tu tenté par l'écriture de la vie de ces personnages.

 

Je connais ces personnages. Surtout les deux derniers. Je les évoque dans les campagnes du Périgord. À ce jour je n'ai aucun projet d'écriture les concernant. Je chercherai plutôt à trouver une suite au bois des huguenots. Le personnage principal, Sébastien, pourrait bien s'embarquer pour les Amériques et vivre une autre aventure...

 

 



29/08/2015
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