Fongauffier-sur-Nauze

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Le 1er octobre 1956, c'était il y a 60 ans déjà!

 

Le lundi 1er octobre 1956 fut le dernier 1er octobre de rentrée scolaire. Qui s'en souvient ? En 1957, la rentrée scolaire fut avancée au 16 septembre car le 15 était un dimanche.

Qui n'a pas entendu, pendant les années 50, les aînés dire "ils sont toujours en vacances", en sous-entendant qu'eux en avaient eu moins, ce qui était naturellement faux. Les vacances estivales duraient du 14 juillet au 30 septembre. Il y avait deux semaines pour Pâques, deux jours pour Toussaint et une grosse semaine en hiver : du 24 décembre au 2 janvier inclus. 

 

 

Les remparts.jpg

 

Le collège campait au dessus des remparts et ces vieux murs, rénovés au cours de la deuxième moitié du siècle précédent, n'étaient pas parfaitement rassurants pour les préadolescents qui appréhendaient les imprévisibles chahuts et bizutages de leurs aînés dans l'étroit passage qui allait vers la cour.

 

 

J'avais, en 1956, l'âge normal d'entrée en sixième. J'avais réussi, probablement par erreur, à franchir l'ultime, redoutée et redoutable épreuve d'admission, sélection supprimée l'année suivante, qui, "officiellement", était un examen mais dont le nombre de reçus correspondait exactement à la capacité d'accueil du vénérable collège où j'ai forcé la plus petite porte.

 

À cette époque, il n'y avait qu'environ 20 % des écoliers du primaire qui accédaient à l'enseignement secondaire. Diverses raisons expliquent ce pourcentage dont, au premier chef, celle de l'éloignement des collèges pour les communes les plus isolées. Il n'y avait pas, à l'époque, de circuits de transport scolaire. Le certificat d'études primaires, dans la ruralité, était, encore, pour beaucoup d'élèves d'écoles communales, l'aboutissement de la scolarité. Après, venait l'heure de la vie active, déjà, ou d'admission dans des centres d'apprentissage. Certains, par un rattachement tardif au premier cycle du secondaire, intégraient le collège après le certificat d'études primaires.

 

Une seule classe de sixième où l'on trouvait, pêle-mêle dans ce collectif hétérogène, à l'exception du contingent des élèves issus des familles de notables, des élèves peu flattés par les enseignants de l'époque. Parmi les profils, bien sûr, on ignorait qu'il y avait là un futur préfet et grand commis de l'état, un haut fonctionnaire de la SNCF, un procureur de la République, un professeur de math d'un grand lycée pyrénéen, un journaliste sportif et d'autres… beaucoup moins brillants.

 

La transition, avec la très humble école primaire rurale, fut surprenante et pour certains presque un "choc"; pour d'autres, ce fut la découverte d'un enseignement plus doucereux. Quelques professeurs et maîtres d'internat, pour bien marquer la différence, vouvoyaient les élèves et s'écartaient de la méthode spartiate, souvent rude et acariâtre des instituteurs d'antan. D'autres pensaient que cette pratique était inappropriée… voire ridicule.

Le faible effectif de ce collège-lycée à six classes, il n'y avait pas de terminale, faisait que notre professeur de français devait, aussi, être notre professeur de sciences-naturelles, de dessin et d'instruction civique. Ce professeur nous venait d'Afrique du Nord. Ses idéaux généreux, progressiste et humaniste, faisaient qu'il avait condamné les pratiques de torture en Algérie. Après six mois de professorat en métropole, il préféra quitter l'enseignement pour ouvrir un atelier de poésie. Notre professeur d'histoire-géographie, particulièrement docte, cultivait l'art d'être désagréable au plus haut point et se croyait indigne d'être là. Il se serait bien vu dans un amphithéâtre universitaire. Nous avions le principal du collège, élitiste puissance x, cassant pour les plus humbles,  comme professeur de mathématiques. Deux artisans du village nous initiaient aux travaux manuels. Une jeune fille, plutôt mal à l'aise, l'unique personnage de la gent féminine, nous enseignait l'anglais.

Le professeur de musique, singulièrement étrange et pervers, nous inquiétait fort. L'éducation physique, sans autres moyens qu'un dangereux portique, une barre fixe, un tout petit rectangle de sable pour juger le saut en hauteur  et un unique panier de basket, requérait un exploit pour le malheureux moniteur qui devait, néanmoins, apporter un semblant de formation sportive.

Les locaux, au dessus des remparts du castrum, rassemblaient, de bric et de broc, d'anciens corps de bâtiments qui, jadis, appartenaient à des institutions religieuses.

On nous avait dit que nous étions au Collège "moderne" de Belvès. Cette terminologie, non expliquée, par opposition au classique ou technique, nous faisait sourire tant les bâtiments de ce collège étaient vétustes et d'un autre temps.

Beaucoup d'émotion pour ces premiers pas dans le secondaire, beaucoup de craintes, aussi… Le bizutage terrifiait les plus faibles et les plus petits, à tel point que certains osaient à peine sortir dans la cour pour les récréations.

Nous étions en train de jauger toutes ces nouvelles têtes qui fascinaient, qui nous bloquaient, parfois nous humiliaient, et tentions de mesurer, gauchement, occasionnellement à contresens, les ouvertures de la permissivité restreinte.

L'école c'est l'école de la vie.

 

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Dans la semaine, les lectrices et lecteurs qui le voudront, pourront découvrir les huit premiers textes du concours intergénérationnel lancé par Blog4ever sur le meilleur souvenir de rentrée scolaire.

 



01/10/2016
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