Fongauffier-sur-Nauze

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La petite histoire de St Germain-de-Belvès.

 

L'histoire ne s'est pas forcément écrite dans ce que l'on considère comme étant  les "grands théâtres" de l'événementiel, à Babylone, Rome, Alexandrie ou, plus proche de nous, à Verdun, au Camp du Drap d'Or ou à Rethondes. Beaucoup de nos petits villages ont pris rang dans l'histoire ; que ce soit par des épisodes douloureux, lors d'affrontements, ou par l'émergence d'un des leurs dans l'actualité du moment. Citons Gergovie, Bouvines, ou Douaumont.  Relevons Donrémy, village connu de la France entière, notamment grâce aux manuels d'Ernest Lavisse qui n'hésitait à prendre des "libertés" et à mêler histoire et légende, et, notre équivalent Lot & Garonnais, Villeneuve-de-Mézin, commune dissoute des terres d'Albret, dont le vignoble dominait le Loupillon, affluent de l'Auzoue, qui a joui d'une notoriété éphémère grâce au populaire président Armand Fallières. Celui-ci, par humilité, préféra ses vignes aux lustres de l'Élysée.

Nos lieudits, comme nos villages les plus modestes, n'ont pas tous apporté à la grande histoire des pages mémorables mais ils tous ont tissé la "petite histoire" qui, elle, réunit, dans sa matrice, la grande marche du temps.

 

C'est ce que Daniel Gascou, un passionné de sa commune natale, par ailleurs maire-adjoint, a superbement démontré, ce dimanche 20 mai, en réunissant et commentant plusieurs documents sur la longue histoire saint germinoise.

   

 

 Daniel Gascou

 

Appelée à l'origine Saint-Germain-de- Berbiguières, la commune change de nom lors de la révolution le 5 Fructidor An III (22 août 1795).

Saint-Germain de Belvès était une des six paroisses de la seigneurie de Berbiguières. Elle est attestée pour la première fois au XIIIe siècle avec comme patron saint Germain, évêque de Paris au VIème siècle.

La toute première trace écrite de cette commune est l'hommage que le chevalier Géraud de Marcousen (maintenant Marcousin, ou aussi Marcouzin : hameau à l'ouest de la commune) rend en 1259 à Alphonse de Poitiers en tant que comte de Toulouse, et ce pour la moitié du dominium de Campagnac-lès-Quercy.

En 1365, la paroisse a 26 feux, soit environ 140 habitants.

Le bourg est fortifié comme l'atteste un acte du 15 avril 1495 où Charles de Caumont, seigneur de Berbiguières, arrente à Pierre de Boussac senior, du mas de Segala (ou aussi Ségalat, hameau en contrebas et à l'ouest du village de Saint-Germain-de-Belvès) un emplacement pour faire une maison à l'extérieur près de la muraille et près de la grande porte en ruine.

Le plus ancien registre paroissial qui a été sauvegardé remonte à 1651.

Sources : différents bulletins de la « Société des Amis de Sarlat et du Périgord Noir ».

 

Daniel s'est promené dans les siècles. Il a fait référence aux vieilles familles, dont certaines sont éteintes, et s'est attardé un peu plus sur la famille Boussat. Boussat, ou Boussac, c'est, tout à la fois, un ancien patronyme saint germinois et un toponyme ; probablement plus ancien encore. Il a situé les contours géographiques de St Germain et a rappelé que le nom de St Germain s'est enrichi d'un "ajout de dépendance" à Berbiguières, puis à Belvès, en passant par la révision révolutionnaire qui laïcisa les hagiotoponymes et qui affecta à St Germain le bel oronyme de Montgermain. Notons que la commune, qui a depassé les 500 habitants sous la Restauration, aujourd'hui en compte 143. Elle connaît une courbe ascendante grâce aux retraités.

 

La petite histoire c'est naturellement l'étude des familles, leur rôle dans la vie locale, les mariages, voire les ruptures. La petite histoire s'intéresse, certes, à l'élite mais aussi aux plus humbles. Lorsque le village était à son apogée, à St Germain, on trouvait un office notarial. La vie paysanne demeura, au cours des siècles, le vecteur dominant de l'activité saint-germinoise. Le bourg a connu jusqu'à quatre foires. 

Lors de ces siècles antérieurs on ne connaissait pas le substantif "écologie" mais on respectait la nature. L'eau était utilisée à St Germain avec un discernement permanent ; elle était, par ailleurs, systématiquement recyclée.

Il fallait travailler la terre à bon escient avec des amendements naturels. Saint Germain était connu, avant le Phylloxéra, pour son vignoble.

 

Le souffle républicain atteint St Germain. À la fin du XIXème siècle la République renaissante s'attelle à son plus beau chantier ; l'école. Ce n'est pas sans difficultés, ni angoisse que nos ancêtres se voient interpellés par le caractère obligatoire de l'enseignement, issu de la loi du 16 juin 1881, établissant la gratuité absolue de l'enseignement primaire. Ces maisons d'école, comme on a dit pendant plus d'un siècle, étaient la fierté des communes rurales qui scellaient alors les piliers de la République. St Germain ne se déroba pas à cette mission et successivement les écoles furent construites tant pour les garçons que pour les filles. De deux classes St Germain passa à la classe unique avant de voir, vers 1970, partir ses enfants, sur l'itinéraire du savoir, vers Sagelat.

 

La Séparation de l'église et de l'état, portée par le ministère d'Émile combes avec l'appui de Jaurès, fut diversement apprécié par le clergé saint-germinois qui capta les bancs de l'école pour son église.

 

 

Un auditoire attentif et passionné.

 

Une attention patrimoniale. Daniel s'est livré à un regard patrimonial du village. Son église n'a guère plus qu'un siècle mais elle a, certainement, supplanté un édifice plus ancien. Il parla de découvertes de sarcophages et rappela qu'à St Germain le cimetière contemporain, comme dans beaucoup de localités, est relativement récent. St Germain fut, lors d'une de ses époques les plus créatives, un "petit lotissement" enclos dans ses remparts. On imagine assez mal les fortifications probables du site.

 

Un saint germinois à la chambre. Raymond Gendre, un saint germinois, radical-socialiste, accéda, au début de la IIIème République à la députation, pour une législature, en défaisant le sortant conservateur. Il ne fut pas réélu mais, au cours de sa mandature, travailla assidûment.

 

 

Irène, la mémoire vive de Lolivarie.

 

Un petit regret. La journée devait se terminer à Lolivarie ; superbe hameau du creuset du Valech. La promenade pédestre, contrariée par une pluie printanière persistante, n'a pu avoir lieu. Cela n'a pas empêché de parler de ce joyau saint germinois qui doit son nom à l'huile de noix et non aux oliviers, comme certains le supposent.

Notons qu'Irène Calès-Maury, avec une lecture narrative de sa jeunesse lolivarienne et une superbe poésie a enthousiasmé l'auditoire qui ne lui a pas ménagé ses applaudissements.

 

Le goûter de clôture. En terre d'Oïl on appelle ce genre de gâteaux rustiques des beignets. Dans nos chaumières occitanes nos grands-mères les appelaient des merveilles. Elles sont toujours appréciées. Ce qui était un peu dommage c'était qu'un bon vin saint germinois n'ait pu les accompagner.

 

Un petit groupe de travail et de réflexion, autour de Daniel Gascou et de J-Loup Chinouilh, devrait prochainement voir le jour.

 

 

Texte et photos Pierre Fabre.



21/05/2012
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