Fongauffier-sur-Nauze

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Le 4 août aurait fort bien pu être notre fête nationale.

 

Le soir de ce mercredi 3 août, l'artère commerçante de Belvès, rue Jacques Manchotte, et ses deux places qui matérialisent son accès grouillaient de monde : pour l'essentiel, des vacanciers et des touristes.

 

Lors du crépuscule de cette chaude journée estivale, dans cette belle et vieille cité périgordine, on était à cent lieues de penser à cette nuit historique qui, il y a 227 ans, secoua l'hémicycle de l'Assemblée nationale constituante enflammée et qui prit, sous l'impulsion d'un jeune duc de 29 ans, le Duc d'Aiguillon, la décision historique d'abolir les privilèges et droits seigneuriaux.

 

Cette intention fut-elle, comme tant de serments et de décisions de l'histoire, un vœu pieux … pas tout à fait. Force est néanmoins de reconnaître que pour passer du côté cour au côté jardin, il y a un grand fossé... aussi difficile à franchir que de passer de l'intention à l'action.

 

 

 

Dans la nuit du 4 août 1789, les députés de l'Assemblée nationale constituante, dans un bel élan d'unanimité, proclament l'abolition des droits féodaux et de divers privilèges. Ce moment de grande ferveur nationale s'inscrit parmi les grands événements mythiques de la Révolution française.

La Grande Peur

L'abolition des privilèges est la conséquence inopinée de la prise de la Bastille. Dans les semaines qui suivent celle-ci, les paysans s'émeuvent. Ils craignent une réaction nobiliaire comme il s'en est déjà produit dans les décennies antérieures, avec la réactivation de vieux droits féodaux tombés en désuétude.

Une Grande Peur se répand dans les campagnes. En de nombreux endroits, les paysans s'arment sur la foi de rumeurs qui font état d'attaques de brigands ou de gens d'armes à la solde des «aristocrates». Le tocsin sonne aux églises des villages, propageant la panique.

Les députés qui siègent à Versailles s'en inquiètent. «Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui, depuis tant de siècles, pèse sur sa tête, s'exclame à l'Assemblée le duc d'Aiguillon, l'insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime».

Le 3 août, une centaine de députés, ardents partisans de la Révolution, se concerte sur la stratégie à adopter. Plusieurs sont originaires de Bretagne. C'est le «Club breton» (futur club des Jacobins). Ils prennent la résolution de détruire tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations.

 

https://www.herodote.net/4_aout_1789-evenement-17890804.php

 

 

 

 

Le 4 août aurait fort bien pu être notre Fête nationale.


 

Divers intellectuels progressistes, en leur temps, y ont pensé. Notre 14 juillet, bien ancré, apparaît incontournable. D'autres dates auraient cependant mérité l'honneur d'être notre fête nationale.

Notre 14 juillet, certes, comporte une double historicité, celle de 1789 avec le premier effondrement de la monarchie absolue, de droit divin, et celle de 1790, dite Fête de la Fédération, jadis inculquée aux élèves par les manuels d'histoire, qui a tendance à être rappelée mais qui, manifestement, n'est pas catalyseur des esprits.

 

La grande Révolution française, et ce n'est pas se désolidariser de son œuvre immense en le disant, hélas, a été accompagnée par l'inadmissible et inqualifiable Terreur et de ses excès qui souvent, trop souvent, conduisaient sur le terrible appareil du Dr Guillotin. On a vu tomber des têtes plus ou moins corrompues comme celle de Danton, des têtes de génie comme celle de Lavoisier ou du grand scientifique Philippe Frédéric de Dietrich, franc-maçon et maire de Strasbourg, accélérateur de réformes, savant guillotiné le 29 décembre 1793 à Paris, ou le poète Philippe-Nazaire Fabre.

 

Éva Joly a eu le mérite de lancer le débat sur le symbole qu'est la Fête nationale du 14 juillet. En proposant de remiser les chars au garage, leur préférant un "défilé citoyen", celle qui fut la candidate Europe Écologie Les Verts, lors de l'élection présidentielle a su renouer avec le sens originel d'une célébration de l'unité nationale républicaine, comme souhaitait l'instaurer le député Benjamin Raspail, en 1880.

 

 

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On s'est restauré à Belvès, lors du crépuscule de la nuit du 3 au 4 août, en pensant fort peu à la Révolution française.

 

Fallait-il prendre une date empreinte de violence de la Révolution pour en faire notre Fête nationale ?

 

D'autres dates ont jalonné notre histoire. Celle du 4 août aurait probablement été, dans la symbolique, une très belle date. Nos ancêtres ne l'ont point souhaitée. Pourtant, l'abolition des privilèges et des droits seigneuriaux aurait été une fort belle image. Elle n'allait pas forcément de soi. Rappelons que cette nuit, dite du 4 août, est celle du 3 au 4, ce détail parfois échappe. 

Dès le lendemain, Louis XVI écrit à l’archevêque d’Arles :

"Je ne consentirai jamais à dépouiller mon clergé, ma noblesse. Je ne donnerai pas ma sanction à des décrets qui les dépouilleraient ; c’est alors que le peuple français pourrait m’accuser d’injustice et de faiblesse. Monsieur l’archevêque, vous vous soumettez aux décrets de la Providence ; je crois m’y soumettre en ne me livrant point à cet enthousiasme qui s’est emparé de tous les ordres, mais qui ne fait que glisser sur mon âme. Si la force m’obligeait à sanctionner, alors je céderais, mais alors il n’y aurait plus en France ni monarchie ni monarque."

 

L'Église et la monarchie, surtout celle de droit divin, faut-il le souligner, ont toujours été des alliées naturelles. Cette nuit, dite du 4 août, est, dans ses prémices, une des avancées républicaines qui, hélas, de nos jours n'est plus tambourinée dans les esprits. L'histoire nous a appris qu'il ne s'agissait là que d'une énonciation à conforter et à maintenir.

 

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Beaucoup ont dû repartir faute de places.

 

 

Cette abolition a peu dépassé le principe.

 

 

Hélas, trois fois hélas, jamais les "barons" de notre République, du plus petit à celui qui caresse le rêve de ne point choir de son piédestal, n'ont été aussi consommateurs de "privilèges". Jamais, les parachutes dorés ne se sont ouverts, accompagnés de chiffres aussi éloquents de "privilèges" que depuis l'avènement de la Vème République.

 

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Le mercredi soir, place aux artistes pour accompagner ce moment festif. 

 

 

 

 

D'autres dates bien sympathiques.

 

Si le 14 juillet, puis la mémorable nuit du 4 août, ont bien marqué les esprits, notre histoire a connu d'autres dates qui auraient parfaitement pu être admises pour notre fête nationale. Le 26 août, celui de 1789, avec l'adoption de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen* et, au siècle suivant, le 4 septembre qui réinstalla la République, à une voix de majorité, en 1870, auraient pu servir de référence, en limitant le côté effervescence fébrile.

 

* La Déclaration des droits de l'homme a cependant été critiquée en raison de sa non-application aux habitants des colonies, l'Assemblée constituante n'ayant pas aboli l'esclavage à Saint-Domingue, ni décidé l'égalité politique des hommes de couleurs et des blancs. 

 

 

 

 

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 Notre amie Carole a toujours le sourire.

 

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Les passants venus du Languedoc ont apprécié.

 

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Chacun compose son repas aux stands des traiteurs.

 

 

 

Photos Pierre Fabre.



04/08/2016
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